Un bien triste jour en France

Lecteur, lectrice, c’est un bien triste jour pour le Royaume de France. Les cieux se couvrent de nuages aussi noir que le désespoir ; une pluie diluvienne s’abat sur la terre tel un torrent de larmes versé par les dieux ; dans chaque maisonnée résonnent les lamentations des bonnes gens et le cris des enfants.

« Je sais », vous exclamez-vous, « c’est à cause de la Loi Travail qui est passée jeudi à grands coups de 49:3 ! »
« Nenni, vil communiste ! Retourne donc à ton travail et augmente la croissance nationale de notre Glorieuse Patrie ! »
« Je sais », lance votre ami, « c’est à cause des attentats en Syrie ! Tant de morts, tant de blessés, quelle atrocité ! »
« Que non point, vil humaniste ! Je suis Paris, Bruxelles, pas Damas ! »
 » Les policiers américains tués ? » reprenez-vous.
« Allons, chacun sait que le Français moyen est anti-flic ! »
« Bah quoi, alors ? » criez-vous en chœur.
« Eh bah… Le foot, sacrebleu ! La France a perdu en finale ! »

Oui, lecteur, lectrice, tu as bien lu. Le foot, cœur de toutes les passions. Le foot, noble sport qui célèbre le fair play et la fraternité. Le foot, business qui brasse des milliards d’euros en fraude & autres malversations divertissement préféré du peuple. Et la défaite, comme indiqué dans cet article, sonne le glas de tous les espoirs de l’humanité. (Oui, je sais, taper sur les infos d’Orange, c’est à peu près aussi facile que voler sa cane à Gilbert Montagné, mais ça ne veut pas dire que c’est interdit de le faire.) Alors c’est parti !

-Consternation-

[…]

Le but d’Eder en prolongation a achevé d’éteindre les espoirs tricolores. On encourage encore les Bleus mais à Paris, Nathan et Mathieu n’y croient plus: « Il reste 5 minutes c’est mort », lâche le second, âgé de 27 ans.

A Marseille, l’ambiance se refroidit d’un coup et certains n’attendent même pas la fin pour quitter la fan zone. Au coup de sifflet final, les bars du Vieux-Port qui retransmettaient le match se vident eux aussi en quelques minutes.

Retenez bien ce terme, les enfants : Consternation. C’est le maître-mot de l’article. Article qui, d’ailleurs, ne se contente pas de nous annoncer une nouvelle (la France a perdu, un doigt dans l’cul) mais recueille moult témoignages éloquents de… Heu… Gens… Et joue à fond la carte du pathos, parce que l’information, oui monsieur, mais jamais sans émotion ! C’est ça, le travail d’un journaliste, récolter le ressenti d’anonymes au hasard de son imagination des rues ! Notez bien, également, tout le fair play du supporter qui, voyant son équipe en déroute, fuit la place tel un Napoléon en plein Bérézina, là où d’aucuns s’attendraient à ce qu’il assiste à la victoire adverse en honorable perdant. Car il est comme ça, le supporter, il regarde le match pour la beauté du sport, pour la dureté de la compétition, pour vibrer avec son équipe dans la victoire comme dans la défaite, pas pour simplement gagner. Mais poursuivons un peu, si vous le voulez bien.

Les Français le désiraient avec ferveur, ce triomphe en finale. Une « victoire, pour le moral », après une année marquée par les attentats, comme le résumait Brice Ngando, 21 ans. « Cela n’effacera pas les mauvais souvenirs de 2015 mais ça nous fera avancer un peu… ».

Une victoire de football, voilà bien qui va balayer les attentats et toute la misère du monde ! Mieux, cette victoire va permettre au bon peuple de France d’avancer ! Je vois déjà les familles des victimes, jusqu’ici en pleurs et dévastées (n’oubliez pas, les enfants, le pathos !) se relever et hurler de joie pour la victoire des bleus. Je les vois se dresser fièrement et reconstruire leur vie, ayant compris grâce au foot qu’il était temps de tourner la page et de laisser le passé à sa place. Mais au lieu de cela, voilà que leur moral s’abat plus encore, car à leur existence déjà brisée, s’ajoute désormais la défaite de la France à l’Euro 2016. J’imagine déjà les vagues de suicides chez les familles des victimes suite à cette nouvelle tragédie.

A la fin de la rencontre, c’est la consternation et l’abattement. Assis sur un banc, enveloppé dans son drapeau tricolore, Olivier Zanetti a le visage fermé. « La déception est trop forte pour qu’on aille faire la fête ».

Ah, revoilà le maître mot, consternation. Vous comprenez un peu mieux le pourquoi de ce terme, maintenant ? En tout cas, chez le supporter français, la « déception est trop forte » pour faire la fête. Je comprends tout à fait. On raconte qu’Hitler aurait tenu les mêmes propos dans son bunker perso tandis que l’équipe adverse marquait but sur but à Berlin lors de l’Euro 1945. Seuls les Irlandais sont capables de festoyer après une défaite. M’enfin, les Irlandais, quel prétexte ne trouveraient-ils pas pour se beurrer la gueule dans l’espace public, me direz-vous. Pendant ce temps-là, chez le supporter français :

A Mâcon, fief d’Antoine Griezmann (le buteur star de l’Euro 2016, ndla; oui j’précise parce que je ne savais pas non plus, avant d’effectuer une recherche), le sacre du Portugal a été accueilli par les huées et les sifflements des quelque 5.000 supporters réunis dans une salle d’exposition où était retransmis le match. « On est dégoûté, on est triste, on ne comprend pas, on y croyait », déclare Loïc, 21 ans.

Voilà, ça c’est du fair play, ça c’est du jeu, huer et siffler l’adversaire victorieux, comme en 40, ma bonne dame ! Et puis d’abord, depuis quand les Portugais savent faire autre chose que construire des murs, hein ? Depuis quand ils gagnent le foot ? « On y croyait », à la victoire de la France, merde ! Ils étaient censés perdre, ces foutus portos, « on ne comprend pas » ! D’ailleurs, à ce propos…

« Elle était pour nous la finale, on méritait largement de gagner », renchérit Clément, 22 ans, au bord des larmes. Mais à ses yeux, Griezmann n’a pas démérité: « On est fier de lui et on sera toujours présent pour lui ». Par exemple « pour la Coupe du monde en 2018 »

Ah, plus de pathos encore ! Et attention monsieur, on « méritait de gagner », dixit Clément Jaipasdenomdefamille. Car oui, la victoire, ça se mérite tout au long de la compétition, ça n’a rien à voir avec battre son adversaire en finale. Pis d’abord, les Portos, ils sont arrivés en finale tout comme nous, mais eux, ils méritaient pas de gagner, parce que tu vois, Griezmann il a été élu meilleur joueur de l’Euro et pas Eder ! Alors oui, lors de la finale il n’a marqué aucun but, mais merde, quoi, on méritait de gagner. En plus on jouait à domicile.

Si avec tout ça vous n’avez pas compris que le foot est un noble art et que le supporter est un homme (parfois une femme, malheureusement) empli d’honneur et de respect, je ne peux rien faire de plus pour vous !

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Une réflexion sur “Un bien triste jour en France

  1. je ne comprends pas ta virulence… pourtant vu le niveau hautement intellectuel et humaniste de ce merveilleux sport qui consiste à regarder 22 clampins courir derrière un ballon pendant que supporter hurlent vocifèrent (et accessoirement se mettent sur la gueule) alors qu’ils ont payés leur billet la peau des fesses histoire de contribuer au brassage de fric… non je ne comprends. Sans compter que des pauvres joueurs qui sont payés aussi peu pour les immenses efforts qu’ils fournissent et la responsabilité du moral de tout un pays franchement ça me laisse pantoise. (Comment ça ils sont payés plus que des chirurgiens ou des pompiers ou des éboueurs ? ah bon c’est cool alors tout va bien. C’est vrai qu’on se passer de ceux là alors que des joueurs de foot on ne peut pas). ouaip je ne comprends pas que tu n’encenses pas ce noble sport si fair play… ;p
    Je t’emmènerais au prochain match … finalement on ira se boire une bière avec les irlandais

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