Justice sociale

Ami lecteur, amie lectrice,

Si tu disposes d’un Facebook ou tout autre nid à emmerdes réseau social, tu as probablement vu ton mur, ta timeline ou que sais-je, inondé de publications à propos de l’attentat de Nice du 14 juillet (et si non, tu dois probablement vivre dans une caverne. Ne la quitte surtout pas.)

Jusqu’ici tout va bien (mis à part le côté pathos à fond/racisme/complotisme judéo-parano/appropriation politique – rayer la ou les mentions inutiles.) Là où les choses se gâtent, c’est quand les Justiciers des internets se mêlent de la chose. Pour résumer la situation, donc :
– Attentat au camion dans la foule, coups de feu, panique.
– Quatre personnes tentent de se réfugier dans un restaurant local.
– On leur refuse l’entrée.
Ces personnes, plutôt que de porter plainte, s’expliquer avec la patronne du restaurant ou tout autre chose sensée à faire une fois la panique terminée, vont alors préférer porter sur ledit restaurant et son personnel la bonne vindicte populaire au moyen d’un post Facebook rageur invitant au boycott en vue d’une fermeture définitive et d’une vie ruinée. Rien que ça. En conséquence de quoi la patronne de l’établissement reçoit moult appels et mails de menace venant de courageux inconnus désireux de faire tomber la justice sociale sur la tête de cette lâche personne. On la traite de collabo entre autres joyeusetés, et qui ne rêverait pas de voir la tête de cette femme tondue pour ses crimes ? Ah, merci à toi, courageux Justicier des internets, toi qui, tel un Charles Bronson empli de bonnes intentions, venges la grosse frayeur qu’ont connu ces quatre personnes refoulées. Sois loué, noble guerrier 2.0 au grand cœur, grâce à toi justice est rendue par le harcèlement et l’insulte, quelle condamnation exemplaire et surtout efficace ! Car chacun sait qu’en France, vu que la justice elle est toute pourrie (ok, celle-là je dois te la concéder) il faut faire justice soi-même. Oui, simplement en se basant sur la déclaration d’une quelconque anonyme, avant même que les faits ne soient corroborés par des sources fiables, sans chercher à en savoir plus et encore moins (grands dieux) à connaître l’autre version de l’histoire. Grâce à toi, farouche Berserker virtuel, je vais pouvoir me débarrasser des mes rivaux et concurrents en les traitant publiquement de nazis, tueurs de chats et autre pédophiles, et aussitôt ils connaîtront les foudres de la justice divine.

Et peu importe que cette infâme restauratrice se soit expliquée publiquement et, si on l’en croit, qu’elle eût 1) abrité plus de deux cents personnes dans son établissement lors de l’attaque et 2) obéi aux directives de la police et du RAID en verrouillant ses portes. Peu importe de savoir si elle dit la vérité ou tente simplement de sauver de la ruine son établissement désormais honni. Car tu détiens la vérité absolue, celle qui te permet de pourfendre le criminel impuni de toute la puissance de ton glaive turgescent divin tout en étant protégé par le masque de l’anonymat, tel un Batman en goguette (bah oui, faudrait pas que de jouer les justiciers ça ait des conséquences négatives sur ta vie, non mais.)

Je te remercie, honorable Samouraï Social, grâce à toi je me sens un peu plus en sécurité.

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Attentats, état d’urgence & autres joyeusetés de bon matin

Hier soir, la sauvagerie a encore frappé. Elle a frappé Nice, mais cela aurait pu se produire n’importe où. C’est bien le propre du terrorisme, nous faire penser que personne n’est en sécurité nulle part. Hier soir, la sauvagerie a encore frappé, et aujourd’hui tout le monde prie pour Nice.
Pourtant, il y a seulement trois mois, 148 morts étaient à déplorer à Tartous et Jablé (Syrie). 148 morts, et pas un mot sur les rézoscio, pas un « Je suis Jablé », pas un « Pray for Tartous », rien. J’en viens donc à me demander : la vie d’un Français vaut elle plus que celle d’un autre ? La compassion est-elle réservée aux nôtres et à nos pays frontaliers ? Si oui, alors toutes ces années on m’a menti, lorsque la République, les philosophes, le peuple, me tenaient de grand discours humanistes. Si non, alors nous ne sommes que des putains d’hypocrites.
Et pendant ce temps là, le président déclare que l’état d’urgence, qui devait prendre fin au 26 juillet, serait maintenu. Ben voyons. L’état d’urgence, le truc qui permet de restreindre les libertés du peuple en interdisant manif & rassemblements ou en assignant à résidences zadistes, écolos & autres syndicalistes, mais qui, étrangement, ne permet pas d’empêcher les attentats ? Oui, bon lecteur, bonne lectrice, celui-là même. De là à dire qu’on nous prend pour des tanches et qu’on profite de l’horreur d’une tragédie pour nous la mettre un peu plus profond, il n’y a qu’un pas que je franchis avec l’allégresse d’un Valls un jour de corrida.
Les plus complotistes d’entre vous argueront même que le gouvernement prend volontairement des mesures inefficaces contre les terroristes potentiels histoire qu’un petit attentat vienne détourner l’attention en période de trouble social/élection/passage en force de loi (rayer les mentions inutiles) mais ce serait dire bien du mal des politiques qui nous protègent. Et ça, que vous ayez tort ou raison, c’est mal. Bande de fifrelins.
Mes condoléances aux familles des victimes.
Je vous souhaite une bien belle journée.

Un bien triste jour en France

Lecteur, lectrice, c’est un bien triste jour pour le Royaume de France. Les cieux se couvrent de nuages aussi noir que le désespoir ; une pluie diluvienne s’abat sur la terre tel un torrent de larmes versé par les dieux ; dans chaque maisonnée résonnent les lamentations des bonnes gens et le cris des enfants.

« Je sais », vous exclamez-vous, « c’est à cause de la Loi Travail qui est passée jeudi à grands coups de 49:3 ! »
« Nenni, vil communiste ! Retourne donc à ton travail et augmente la croissance nationale de notre Glorieuse Patrie ! »
« Je sais », lance votre ami, « c’est à cause des attentats en Syrie ! Tant de morts, tant de blessés, quelle atrocité ! »
« Que non point, vil humaniste ! Je suis Paris, Bruxelles, pas Damas ! »
 » Les policiers américains tués ? » reprenez-vous.
« Allons, chacun sait que le Français moyen est anti-flic ! »
« Bah quoi, alors ? » criez-vous en chœur.
« Eh bah… Le foot, sacrebleu ! La France a perdu en finale ! »

Oui, lecteur, lectrice, tu as bien lu. Le foot, cœur de toutes les passions. Le foot, noble sport qui célèbre le fair play et la fraternité. Le foot, business qui brasse des milliards d’euros en fraude & autres malversations divertissement préféré du peuple. Et la défaite, comme indiqué dans cet article, sonne le glas de tous les espoirs de l’humanité. (Oui, je sais, taper sur les infos d’Orange, c’est à peu près aussi facile que voler sa cane à Gilbert Montagné, mais ça ne veut pas dire que c’est interdit de le faire.) Alors c’est parti !

-Consternation-

[…]

Le but d’Eder en prolongation a achevé d’éteindre les espoirs tricolores. On encourage encore les Bleus mais à Paris, Nathan et Mathieu n’y croient plus: « Il reste 5 minutes c’est mort », lâche le second, âgé de 27 ans.

A Marseille, l’ambiance se refroidit d’un coup et certains n’attendent même pas la fin pour quitter la fan zone. Au coup de sifflet final, les bars du Vieux-Port qui retransmettaient le match se vident eux aussi en quelques minutes.

Retenez bien ce terme, les enfants : Consternation. C’est le maître-mot de l’article. Article qui, d’ailleurs, ne se contente pas de nous annoncer une nouvelle (la France a perdu, un doigt dans l’cul) mais recueille moult témoignages éloquents de… Heu… Gens… Et joue à fond la carte du pathos, parce que l’information, oui monsieur, mais jamais sans émotion ! C’est ça, le travail d’un journaliste, récolter le ressenti d’anonymes au hasard de son imagination des rues ! Notez bien, également, tout le fair play du supporter qui, voyant son équipe en déroute, fuit la place tel un Napoléon en plein Bérézina, là où d’aucuns s’attendraient à ce qu’il assiste à la victoire adverse en honorable perdant. Car il est comme ça, le supporter, il regarde le match pour la beauté du sport, pour la dureté de la compétition, pour vibrer avec son équipe dans la victoire comme dans la défaite, pas pour simplement gagner. Mais poursuivons un peu, si vous le voulez bien.

Les Français le désiraient avec ferveur, ce triomphe en finale. Une « victoire, pour le moral », après une année marquée par les attentats, comme le résumait Brice Ngando, 21 ans. « Cela n’effacera pas les mauvais souvenirs de 2015 mais ça nous fera avancer un peu… ».

Une victoire de football, voilà bien qui va balayer les attentats et toute la misère du monde ! Mieux, cette victoire va permettre au bon peuple de France d’avancer ! Je vois déjà les familles des victimes, jusqu’ici en pleurs et dévastées (n’oubliez pas, les enfants, le pathos !) se relever et hurler de joie pour la victoire des bleus. Je les vois se dresser fièrement et reconstruire leur vie, ayant compris grâce au foot qu’il était temps de tourner la page et de laisser le passé à sa place. Mais au lieu de cela, voilà que leur moral s’abat plus encore, car à leur existence déjà brisée, s’ajoute désormais la défaite de la France à l’Euro 2016. J’imagine déjà les vagues de suicides chez les familles des victimes suite à cette nouvelle tragédie.

A la fin de la rencontre, c’est la consternation et l’abattement. Assis sur un banc, enveloppé dans son drapeau tricolore, Olivier Zanetti a le visage fermé. « La déception est trop forte pour qu’on aille faire la fête ».

Ah, revoilà le maître mot, consternation. Vous comprenez un peu mieux le pourquoi de ce terme, maintenant ? En tout cas, chez le supporter français, la « déception est trop forte » pour faire la fête. Je comprends tout à fait. On raconte qu’Hitler aurait tenu les mêmes propos dans son bunker perso tandis que l’équipe adverse marquait but sur but à Berlin lors de l’Euro 1945. Seuls les Irlandais sont capables de festoyer après une défaite. M’enfin, les Irlandais, quel prétexte ne trouveraient-ils pas pour se beurrer la gueule dans l’espace public, me direz-vous. Pendant ce temps-là, chez le supporter français :

A Mâcon, fief d’Antoine Griezmann (le buteur star de l’Euro 2016, ndla; oui j’précise parce que je ne savais pas non plus, avant d’effectuer une recherche), le sacre du Portugal a été accueilli par les huées et les sifflements des quelque 5.000 supporters réunis dans une salle d’exposition où était retransmis le match. « On est dégoûté, on est triste, on ne comprend pas, on y croyait », déclare Loïc, 21 ans.

Voilà, ça c’est du fair play, ça c’est du jeu, huer et siffler l’adversaire victorieux, comme en 40, ma bonne dame ! Et puis d’abord, depuis quand les Portugais savent faire autre chose que construire des murs, hein ? Depuis quand ils gagnent le foot ? « On y croyait », à la victoire de la France, merde ! Ils étaient censés perdre, ces foutus portos, « on ne comprend pas » ! D’ailleurs, à ce propos…

« Elle était pour nous la finale, on méritait largement de gagner », renchérit Clément, 22 ans, au bord des larmes. Mais à ses yeux, Griezmann n’a pas démérité: « On est fier de lui et on sera toujours présent pour lui ». Par exemple « pour la Coupe du monde en 2018 »

Ah, plus de pathos encore ! Et attention monsieur, on « méritait de gagner », dixit Clément Jaipasdenomdefamille. Car oui, la victoire, ça se mérite tout au long de la compétition, ça n’a rien à voir avec battre son adversaire en finale. Pis d’abord, les Portos, ils sont arrivés en finale tout comme nous, mais eux, ils méritaient pas de gagner, parce que tu vois, Griezmann il a été élu meilleur joueur de l’Euro et pas Eder ! Alors oui, lors de la finale il n’a marqué aucun but, mais merde, quoi, on méritait de gagner. En plus on jouait à domicile.

Si avec tout ça vous n’avez pas compris que le foot est un noble art et que le supporter est un homme (parfois une femme, malheureusement) empli d’honneur et de respect, je ne peux rien faire de plus pour vous !

Eh bien, me voilà !

Eh bah, si on m’avait dit que j’ouvrirai un jour un blog (dieux que je hais ce mot) !

Je ne sais pas trop s’il sera mis à jour régulièrement, mais hein, chaque chose en son temps. Ce qui est sûr, c’est que tu y retrouveras, aimable lecteur, aimable lectrice, mes commentaires sur des sujets d’actualité ou des thèmes divers & variés. Et vu le nom du bousin, tu imagines bien que ce ne sera rien de tendre ou de gentillet !

Bon, c’est pas le tout d’ouvrir un blog (quel mot dégueulasse, vraiment), encore faut-il y ajouter du contenu ! Le premier article arrive dans quelques minutes, jeune impatient(e) !

En attendant, rien ne t’empêche de me suivre histoire d’être tenu(e) au courant de la suite des événements (oui je te tutoie, j’suis comme ça, moi, internet ma gueule.)

Bonne visite !